Reportage

Voyager sur la Route de la Soie

De Xi'an à Istanbul, traverser sept pays sur les traces des caravanes qui reliaient l'Extrême-Orient à la Méditerranée.

La Route 66, la Panaméricaine, la Great Ocean Road, les chemins de Katmandou… Ces grands axes mythiques font rêver les voyageurs aux quatre coins du monde. Récents ou millénaires, ils ont en commun d'avoir répondu à des besoins essentiels : commercer, chercher fortune, accomplir un acte de foi, ou simplement aller voir plus loin. Tous appartiennent à la mythologie du voyage. Cap à l'est, sur les routes d'Asie, « bercés par les vents et les flots, sur la Route de la Soie ».

Au sommaire

  • Petit rappel : qu'est-ce que la Route de la Soie ?
  • La Chine
  • Le Kirghizistan
  • Le Tadjikistan
  • L'Ouzbékistan
  • Le Kazakhstan
  • L'Iran
  • La Turquie
  • FAQ

Petit rappel : qu'est-ce que la Route de la Soie ?

L'expression « Route de la Soie » a été forgée à la fin du XIXᵉ siècle par le géographe allemand Ferdinand von Richthofen. Pendant près de deux mille ans, ce vaste réseau de pistes commerciales a tissé un lien continu entre l'Europe et l'Extrême-Orient. Si la soie a donné son nom à l'ensemble, c'est parce que cette étoffe précieuse fabriquée en Chine constituait la marchandise la plus prestigieuse transportée par les caravanes. Mais bien d'autres denrées circulaient sur ces pistes : pierres précieuses, épices, verre, ambre, papier, parfums, sans oublier les idées, les religions et les techniques.

Il faut d'ailleurs parler des Routes de la Soie au pluriel, tant les itinéraires étaient multiples. L'un des principaux points de départ était Chang'an (l'actuelle Xi'an), capitale de la Chine impériale. Les caravanes gagnaient ensuite le corridor du Gansu, traversaient les marges du Tibet et de la Mongolie, puis s'enfonçaient dans les steppes et déserts d'Asie centrale, marquant de longues haltes dans les oasis et les caravansérails où se croisaient marchands persans, arabes ou byzantins. D'autres branches filaient vers l'Inde ou la Russie, tandis que des routes maritimes longeaient les côtes de l'océan Indien — Marco Polo, au XIIIᵉ siècle, emprunta l'une et l'autre voie pour rejoindre la cour de Kubilai Khan.

La Chine

Si la Chine paraît aujourd'hui moins lointaine, son pouvoir d'évocation reste intact. Le tronçon chinois de la Route de la Soie débute traditionnellement à Xi'an, Lanzhou ou Xining, avant de s'engager dans le corridor du Gansu. Pour contourner l'aridité redoutable du désert du Taklamakan, deux variantes se sont imposées : la voie nord et la voie sud. Chacune se subdivise en sentiers secondaires, ponctués de cités caravanières et de relais où les marchands faisaient halte des semaines durant. L'ensemble dessine un chapelet d'oasis-forteresses blotties au pied des chaînes du Tianshan et du Kunlun.

Itinéraire conseillé au nord : Turfan, Ürümqi, Karachahr, Kuqa, Aksu, Kashgar.
Itinéraire conseillé au sud : Dunhuang et ses grottes de Mogao, Miran, Cherchen, Minfeng (Niya), Hotan, Yarkand.

Le Kirghizistan

Vaste terre de montagnes — plus de 90 % du territoire culmine au-dessus de 1 500 mètres —, le Kirghizistan fut une étape incontournable des caravanes franchissant le Tianshan. Aujourd'hui, le pays séduit pour ses panoramas alpins, sa culture nomade vivante et ses yourtes plantées au bord des lacs d'altitude. Entre la « riviera » du lac Issyk Koul, deuxième plus grand lac de montagne au monde, et la quiétude minérale du lac Son Koul, on y vit des excursions hors normes au plus près des éleveurs de chevaux.

Itinéraire conseillé : Bichkek, Tamchy, Tash Rabat, Karakol, Tamga, canyon d'Ala Archa, Naryn, jusqu'à Kashgar côté chinois.

Le Tadjikistan

Isolement : voilà le maître-mot de cette destination encore confidentielle. Niches au creux de vallées dominées par les cimes vertigineuses du Pamir, beaucoup de villages restent coupés du monde dix mois par an. Aussi les habitants accueillent-ils chaleureusement les voyageurs dès les premiers jours du printemps. À cheval entre l'Asie centrale et la Chine, le Tadjikistan ouvre un nouveau champ d'aventures : paysages vierges, treks inédits, longues échappées à vélo.

À l'est, le pays se fait plus sauvage encore. La mythique route M41, vestige de l'ancienne Route de la Soie devenue célèbre sous le nom de « route du Pamir », serpente à plus de 4 000 mètres d'altitude. Elle attire les amateurs de grands espaces et de raids en autonomie, à la rencontre des bergers kirghizes des hauts plateaux.

Itinéraire conseillé : Douchanbé, Hissar, Pendjikent, monts Fan, Istaravshan, Khodjent, route M41, Mourghab.

L'Ouzbékistan

Au cœur de l'Asie centrale, l'Ouzbékistan tient une place à part. Carrefour des civilisations, le pays porte la trace des grands empires qui s'y sont succédé : celui d'Alexandre le Grand, ceux de Gengis Khan et de Tamerlan, jusqu'à l'empire des tsars. Au fil des siècles, les religions s'y sont rencontrées — bouddhisme, christianisme nestorien, zoroastrisme, islam — laissant un patrimoine architectural d'une richesse rare. Les coupoles turquoise de Samarcande, les médersas de Boukhara ou les remparts de Khiva comptent parmi les images les plus puissantes de la Route de la Soie.

Itinéraire conseillé : Tachkent, Khiva, Noukous, Boukhara, Shahrisabz, Samarcande, Termez, vallée de Ferghana.

Le Kazakhstan

Neuvième pays le plus vaste du monde, le Kazakhstan déroule près de trois millions de kilomètres carrés de steppes, de canyons et de massifs. C'est aussi un terrain idéal pour qui s'intéresse à l'histoire du XXᵉ siècle : course aux étoiles à Baïkonour, essais nucléaires de Semipalatinsk, désastre écologique de la mer d'Aral, ancien goulag de Karaganda… Chaque étape devient une plongée dans la mémoire soviétique.

À l'écart des grands axes, le pays révèle une culture nomade encore vivante, faite d'aigliers, de yourtes et de longues chevauchées. La quasi-totalité du territoire est accessible toute l'année, à l'exception des monts Altaï, où la circulation devient plus délicate en hiver.

Itinéraire conseillé : Astana, Atyraou, Semey, Oskemen, Karaganda, Almaty, Aralsk, Turkestan, Tchymkent.

L'Iran

Le patrimoine, la culture et l'architecture de l'Iran — pays phare de la Route de la Soie — exercent une véritable fascination. La tentaculaire Téhéran, les montagnes boisées de l'Alborz, les vestiges éloquents de Persépolis, les rives paisibles de la Caspienne, les villages d'argile du désert : la Perse offre des visages multiples, souvent méconnus. Le temps semble s'y suspendre, dans les bourgs de montagne où l'on vit au rythme des récoltes et des prières.

Si le pays s'est progressivement entrouvert au tourisme, mieux vaut rester attentif à l'actualité et éviter les zones frontalières. L'Iran jouxte le Pakistan, l'Afghanistan et l'Irak, et l'instabilité régionale ne permet pas, à ce jour, le voyage en totale autonomie. Un accompagnement local reste vivement recommandé.

Itinéraire conseillé : Téhéran, Mashhad, Kashan, Ispahan, Shiraz, Tabriz, Persépolis, Yazd.

La Turquie

Quand on évoque la Turquie, on imagine la fumée nonchalante d'un narghilé, les bazars qui débordent de tapis et d'épices, le scintillement des cuivres et des bijoux, les criques aux eaux cristallines, les steppes semi-arides d'Anatolie centrale. Plus on s'éloigne des sentiers battus, plus l'on s'attache à ce pays d'une richesse inépuisable. Du Bosphore aux hauts plateaux de l'est, de la Lycie à la mer Noire, en passant par les paysages lunaires de Cappadoce, la Turquie tient à elle seule un condensé de la Route de la Soie : ce fut son débouché occidental, le seuil par lequel la soie chinoise gagnait Venise et Gênes.

Itinéraire conseillé : Istanbul, Cappadoce, Pamukkale, Aphrodisias, Divriği, Antalya.

FAQ

Pourquoi parle-t-on de « Route » de la Soie au singulier alors qu'il en existait plusieurs ?

L'expression a été forgée par le géographe allemand Ferdinand von Richthofen à la fin du XIXᵉ siècle. Elle s'est imposée par sa force évocatrice, mais désigne en réalité un réseau de pistes terrestres et de voies maritimes reliant la Chine à la Méditerranée, avec des ramifications vers l'Inde, la Russie et l'Afrique de l'Est.

Quels pays traverser pour suivre la Route de la Soie aujourd'hui ?

Un itinéraire complet d'est en ouest passe par la Chine, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan, le Kazakhstan, l'Iran et la Turquie. Chacune de ces étapes peut se découvrir individuellement ou se combiner sur plusieurs semaines de voyage.

Quelle est la meilleure période pour parcourir l'Asie centrale ?

Le printemps (avril-juin) et le début de l'automne (septembre-octobre) sont les saisons les plus agréables. Les étés sont torrides dans les déserts ouzbeks et turkmènes, tandis que l'hiver rend les hauts cols du Pamir et de l'Altaï difficilement praticables.

Que rapportaient les caravanes en plus de la soie ?

Les caravanes transportaient des épices, du jade, des pierres précieuses, du verre, de l'ambre, des parfums, du papier ou encore des chevaux. Mais la Route de la Soie a aussi diffusé des religions (bouddhisme, christianisme nestorien, islam), des savoirs scientifiques et des innovations techniques telles que l'imprimerie ou la poudre à canon.

Peut-on voyager seul sur la Route de la Soie ?

Le Kirghizistan, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan se prêtent assez bien au voyage individuel. En Iran et au Tadjikistan, en revanche, un accompagnement local est conseillé pour des raisons logistiques et de sécurité, notamment dans les zones frontalières et les régions de haute montagne.

Charlene Desdoits

L'auteur

Charlene Desdoits

Amoureuse des mots, de la nature et des rencontres, elle s’attache à transmettre dans ses textes une vision sensible, engagée et responsable du tourisme. Chaque article est pour elle une passerelle en

Catégorie : Itinéraires & idéesMis à jour le 7 mai 2026