Il existe, à travers le monde, des rendez-vous festifs qui valent à eux seuls le déplacement. Pas seulement parce qu'ils sont spectaculaires, mais parce qu'ils racontent quelque chose d'un pays — sa mémoire, ses croyances, sa manière d'habiter le temps. Voyager pendant l'une de ces fêtes, c'est croiser le regard des habitants à un moment où ils se livrent un peu plus, où la ville ou le village change de visage. Voici cinq célébrations qui, chacune à leur façon, méritent d'être vécues au moins une fois.
Au sommaire
- Songkran, la fête de l'eau en Thaïlande
- Holi, la fête des couleurs en Inde
- Le carnaval de Rio au Brésil
- Boryeong, la fête de la boue en Corée du Sud
- Naadam, le festival des jeux en Mongolie
Songkran, la fête de l'eau en Thaïlande

Songkran marque le passage du nouvel an bouddhique et, plus prosaïquement, l'entrée dans l'été thaïlandais — la saison la plus chaude de l'année, ce qui n'est sans doute pas un hasard. À l'origine, le rituel était discret et profondément religieux : on versait de l'eau parfumée sur les statues du Bouddha, puis sur les mains des aînés, comme un geste de purification et de respect. Au fil des décennies, le geste s'est démultiplié pour devenir la plus grande bataille d'eau du monde.
Pendant trois jours, Bangkok, Chiang Mai ou Phuket se transforment en vastes terrains de jeu où pistolets à eau, seaux et tuyaux d'arrosage prennent le relais. Locaux et voyageurs s'aspergent sans distinction, dans une effervescence joyeuse où l'eau est moins une arme qu'un signe de bénédiction. Chiang Mai, dans le nord, est souvent considérée comme l'épicentre de la fête : les douves de la vieille ville se remplissent et fournissent les munitions à des milliers de fêtards.
À noter dans l'agenda : Songkran se déroule officiellement du 13 au 15 avril dans tout le pays, avec quelques variantes régionales. Les dates suivent le calendrier lunaire bouddhiste et restent globalement stables d'une année à l'autre.
Holi, la fête des couleurs en Inde

Holi puise ses racines dans la mythologie hindoue et, en particulier, dans la légende de Prahlad et Holika, qui symbolise la victoire du bien sur le mal. La veille du grand jour, on allume de grands bûchers — les Holika Dahan — censés brûler les mauvaises énergies. Le lendemain matin, place aux couleurs.
Vêtus de blanc, les habitants se lancent à pleines mains des poudres de pigments dont chacune porte sa charge symbolique : le vert pour l'harmonie, le bleu pour la vitalité, le rouge pour l'amour et la joie, l'orange pour l'optimisme. En quelques minutes, les rues, les visages et les saris deviennent un tableau mouvant. Les villes du Braj — Mathura et Vrindavan, terres de Krishna — sont les plus emblématiques, mais l'effervescence se ressent partout, de Jaipur à Delhi.
Au-delà de l'image carte postale, Holi reste une fête sociale puissante : pendant ces quelques heures, les hiérarchies de caste, d'âge ou de fortune s'effacent. C'est sans doute ce qui rend l'expérience si marquante pour qui voyage en Inde à cette période.
À noter dans l'agenda : Holi est célébrée à la pleine lune du mois de Phâlguna, généralement à la mi-mars, autour de l'équinoxe de printemps.
Le carnaval de Rio au Brésil

Aucun carnaval ne rivalise avec celui de Rio. Avec près de six millions de participants chaque année, dont environ un demi-million de visiteurs étrangers, l'événement est devenu une institution culturelle autant qu'économique pour la ville. Mais derrière le décor télévisé, il y a deux carnavals qui cohabitent.
D'un côté, le défilé du Sambodrome, cette longue avenue dessinée par Oscar Niemeyer en 1984. Pendant cinq nuits, les écoles de samba — Mangueira, Beija-Flor, Salgueiro, Portela… — s'y affrontent à coups de chars monumentaux, de costumes brodés à la main et de chorégraphies pensées un an à l'avance. Chaque école développe un thème, un enredo, qui peut être historique, social ou poétique. Le jury récompense la plus aboutie.
De l'autre, les blocos de rue, plus spontanés, plus populaires : des centaines de cortèges qui sillonnent les quartiers, du Centro à Ipanema, où l'on suit la musique en buvant une caipirinha. C'est souvent là que la fête prend toute son âme.
À noter dans l'agenda : le carnaval ouvre la période du Carême et se tient quatre jours avant le mercredi des Cendres, généralement en février ou début mars.
Boryeong, la fête de la boue en Corée du Sud

Moins connu que les autres rendez-vous de cette sélection, le festival de Boryeong est pourtant l'un des plus inattendus. Né en 1998, il devait à l'origine faire connaître la boue locale, riche en minéraux et en germanium, utilisée par l'industrie cosmétique sud-coréenne. L'opération marketing a tellement bien fonctionné qu'elle est devenue, deux décennies plus tard, l'un des plus gros festivals du pays, attirant chaque été plus de deux millions de visiteurs sur la plage de Daecheon, à environ 200 km au sud de Séoul.
Pendant une dizaine de jours, on s'enduit, on se roule, on glisse, on s'asperge. Bassins géants remplis de boue, toboggans, parcours du combattant, tournois de catch à la glaise, ateliers de soins cosmétiques et concerts en bord de mer rythment l'événement. La grande majorité des participants sont jeunes, la fête se prolonge tard, et l'ambiance reste très internationale — c'est l'un des rares festivals coréens à attirer autant d'étrangers.
À noter dans l'agenda : le festival de Boryeong se tient sur la plage de Daecheon, à la fin du mois de juillet, chaque année.
Naadam, le festival des jeux en Mongolie

Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2010, le Naadam est bien plus qu'une fête nationale : c'est la mémoire vivante des steppes. La tradition remonte aux temps de Gengis Khan, où ces compétitions servaient à entraîner les guerriers. Aujourd'hui, le Naadam commémore officiellement la révolution de 1921 et l'indépendance vis-à-vis de la Chine.
L'événement repose sur les eriyn gurvan naadam, les « trois jeux virils » : la lutte mongole, où les böke s'affrontent en costume traditionnel jusqu'à ce que l'un touche le sol ; le tir à l'arc, pratiqué par les hommes comme par les femmes ; et la course de chevaux, peut-être l'épreuve la plus impressionnante, où des enfants de cinq à treize ans chevauchent à cru sur des distances pouvant atteindre 30 kilomètres. Depuis 1998, le jet d'osselets de mouton — le shagai — s'est ajouté à la compétition.
Au-delà du sport, le Naadam est aussi un moment où l'on entend les chants diphoniques khöömii, où l'on goûte aux khuushuur (beignets de viande) tout juste sortis de l'huile, et où la culture nomade se donne à voir, le temps de quelques journées, en pleine ville.
À noter dans l'agenda : le Naadam se tient les 11 et 12 juillet à Oulan-Bator, avant de se prolonger dans les provinces, parfois jusqu'à fin juillet, dans des versions plus intimistes et souvent plus authentiques.
Partez avec votre agence locale Horseback Mongolia et assistez au Naadam Festival.
Florine Dergelet
