Et si l'on quittait, le temps d'un hiver, les files d'attente des grandes stations alpines pour glisser ailleurs ? Loin des classiques savoyards ou autrichiens, certaines montagnes du monde offrent une neige généreuse, des panoramas inattendus et le luxe rare de pistes presque vides. Voici quatre destinations de sports d'hiver insolites où le dépaysement commence dès la première trace.
Au sommaire
- Skier au Kirghizistan, royaume de la poudreuse sauvage
- Le Maroc et l'Oukaïmeden, la plus haute station d'Afrique du Nord
- L'Arménie, le Caucase confidentiel
- La Slovénie et les Alpes juliennes, élégance discrète
1. Le Kirghizistan, royaume de la poudreuse sauvage

Avec plus de 90 % de son territoire occupé par les montagnes, dont les massifs vertigineux du Tian Shan et du Pamir, le Kirghizistan a tout d'une terre promise pour les amateurs de glisse. L'histoire du ski local est récente : ce sont les Soviétiques qui, dans les années 1970-1980, ont aménagé les premières pistes pour leurs sportifs et militaires. Cet héritage se retrouve aujourd'hui dans les remontées mécaniques d'un autre âge — souvent de simples téléskis — qui font partie du charme rustique du lieu.
Le pays compte près de 83 km de pistes balisées, dont certaines culminent au-delà de 3 000 mètres. La station phare, Karakol, se déploie à l'est du lac Issyk-Koul, deuxième plus grand lac de montagne au monde. Mais c'est surtout en dehors des pistes que la magie opère : un séjour au ski au Kirghizistan se vit comme une expédition. Poudreuse continentale d'une légèreté rare, vallées immaculées, héliski abordable et pratique du ski de randonnée dans des décors quasi déserts : pour le freerider, c'est une page blanche à dessiner soi-même.
2. Le Maroc et l'Oukaïmeden, la plus haute station d'Afrique du Nord

Le Maroc évoque d'abord les dunes du Sahara, les médinas et la lumière dorée des oasis. Pourtant, à quelques heures de l'effervescence marrakchie, le pays abrite la plus haute station de ski d'Afrique du Nord. Son nom : l'Oukaïmeden, perchée à plus de 2 600 mètres dans le Haut Atlas, avec un sommet skiable qui frôle les 3 200 mètres et domine la vallée de l'Ourika.
Le domaine, modeste mais varié, compte une vingtaine de pistes accessibles à tous les niveaux, du débutant au skieur confirmé. L'expérience est aussi culturelle que sportive : on croise sur le chemin des villages berbères, des ânes chargés de matériel et des guides qui louent des skis parfois plus anciens que leurs porteurs. Autre particularité, l'enneigement reste capricieux d'une saison à l'autre — mieux vaut viser janvier-février — mais la lumière y est unique en Afrique du Nord.
Atout maître : la station d'Oukaïmeden se trouve à seulement 1 h 30 de Marrakech. On peut donc, dans la même semaine, descendre une rouge le matin et siroter un thé à la menthe sur la place Jemaa el-Fna le soir venu.
3. L'Arménie, le Caucase confidentiel

Voilà une destination que l'on n'associe que rarement au ski, et c'est précisément ce qui en fait le sel. Lovée dans le Caucase, à la charnière de l'Asie et de l'Europe, l'Arménie aligne plus de 30 km de pistes le plus souvent désertes. La station de Tsaghkadzor, la plus connue du pays, attire surtout une clientèle locale et caucasienne ; on y skie sans bousculade et à des tarifs sans commune mesure avec ceux des Alpes.
Les reliefs alentour — le mont Ara, le mont Tsaghkuniats, le mont Teghenis, l'ancien volcan du mont Hatis ou encore la chaîne des Pambak — composent un terrain de jeu varié, idéal pour le ski de randonnée et la découverte hors des sentiers balisés.
L'autre intérêt d'un voyage d'hiver en Arménie tient à son patrimoine. Première nation à avoir adopté le christianisme comme religion d'État, en 301, l'Arménie regorge d'églises rupestres et de monastères figés dans la pierre. Après une journée de ski, on file vers le temple de Garni, seul édifice gréco-romain du Caucase, dédié au dieu Soleil Mihr, ou vers le monastère de Geghard, partiellement creusé dans la falaise et inscrit à l'UNESCO.
4. La Slovénie et les Alpes juliennes, élégance discrète

Au pied des Alpes juliennes, la petite ville de Bled ressemble à une carte postale d'avant-guerre. Son lac glaciaire, le Blejsko jezero, son îlot coiffé d'une église baroque et son château perché sur sa falaise composent l'un des paysages les plus photographiés de Slovénie. Régulièrement citée parmi les destinations modèles du tourisme durable, Bled cultive un art de vivre lent qui séduit les voyageurs lassés du gigantisme alpin.
Côté glisse, la région ne déçoit pas. Les pistes de Straža, accessibles à pied depuis le centre-ville, conviennent aux familles ; le plateau de Pokljuka, royaume du ski de fond et étape régulière de la Coupe du monde de biathlon, séduit les nordiques ; Vogel, accroché au-dessus du lac de Bohinj, offre quant à lui les panoramas les plus saisissants du parc national du Triglav.
Et puisque la Slovénie est aussi une terre de sources chaudes, on prolonge volontiers la journée dans l'une des stations thermales de Bled — la tradition du bain remonte ici au XIXe siècle. Une parenthèse vapeur idéale avant d'aller goûter, en ville, à la kremšnita, le mille-feuille à la crème dont Bled garde jalousement la recette.
Florine Dergelet
