Si en France, l'usage veut que l'on se serre la main ou que l'on échange deux bises — parfois trois, voire cinq comme en Corse — le contact physique est loin d'être universel quand vient le moment de dire bonjour. Sous d'autres latitudes, on joint les paumes, on s'incline avec retenue, on s'enlace longuement… ou l'on tire la langue. De l'Inde au Tibet, en passant par la Thaïlande, le Pérou ou le Japon, chaque culture a façonné son propre rituel d'accueil, reflet de son histoire, de ses croyances et de son rapport à l'autre. Petit tour du monde des manières de se saluer.
Au sommaire
- L'anjali et le namasté en Inde et au Népal
- Le wai en Thaïlande, en Indonésie, au Laos et au Cambodge
- La révérence au Japon
- L'abrazo en Amérique latine
- Bonus : au Tibet, les moines tirent la langue
L'anjali et le namasté en Inde et au Népal

En Inde comme au Népal, on se salue en joignant les paumes à hauteur du cœur, dans une posture appelée anjali mudra. Le geste s'accompagne d'un mot devenu familier aux oreilles occidentales depuis l'essor du yoga : « Namasté ». Loin d'être une simple formule de politesse, il porte une charge spirituelle profonde. Issu du sanskrit (namas, « salutation », et te, « à toi »), il pourrait se traduire par « je salue le divin qui est en vous », en référence à la croyance hindoue selon laquelle une étincelle sacrée habite chaque être.
La position des mains varie selon l'intention : jointes au-dessus de la tête, elles s'adressent à une divinité ; placées devant le visage, elles honorent un guide spirituel ou une figure d'autorité ; ramenées devant la poitrine, elles saluent un proche, un voisin, un inconnu rencontré sur le bord d'une route.
Le wai en Thaïlande, en Indonésie, au Laos et au Cambodge

En Thaïlande, la salutation prend la forme du wai : les paumes jointes devant le visage, accompagnées d'une légère inclinaison de la tête. Le geste, hérité du bouddhisme et cousin de l'anjali indien, se module finement selon le statut social, l'âge ou le degré de respect que l'on souhaite témoigner. Plus les mains sont placées haut, plus le salut est déférent — sans toutefois jamais dépasser le niveau des yeux, par convention.
Quelques règles non écrites accompagnent ce rituel : c'est généralement à la personne la plus jeune ou la moins haut placée d'amorcer le wai, l'autre y répondant en retour. On retrouve cette gestuelle, sous des formes proches, dans une grande partie de l'Asie du Sud-Est : le sampeah au Cambodge, le nop au Laos, ou encore le sembah en Indonésie, où il s'inscrit dans une étiquette particulièrement raffinée.
La révérence au Japon

Au Japon, saluer ne se résume pas à un simple bonjour : c'est un art codifié, hérité de plusieurs siècles d'usages. La révérence, ou ojigi, accompagne autant l'arrivée que le départ, et s'ajuste avec précision selon le contexte. On distingue traditionnellement trois inclinaisons principales : l'eshaku (environ 15°), réservée aux salutations informelles entre proches ou collègues ; le keirei (30°), employé en milieu professionnel ; et le saikeirei (45° ou plus), réservé aux marques de respect les plus solennelles ou aux excuses sincères.
La règle est simple : plus l'inclinaison est marquée et prolongée, plus elle exprime de déférence. Les femmes s'inclinent traditionnellement les mains croisées devant elles, tandis que les hommes les laissent le long du corps. Le contact physique, lui, est à éviter — pas de bise, pas d'accolade. Pour un voyageur peu à l'aise avec la révérence complète, un hochement de tête respectueux fera parfaitement l'affaire.
L'abrazo en Amérique latine
Cap à l'opposé de la retenue asiatique. Au Pérou, au Chili, en Argentine, en Colombie ou au Mexique, on se salue à bras-le-corps. L'abrazo — littéralement « l'embrassade » — consiste à se prendre dans les bras, généralement accompagné d'une tape franche dans le dos. La légende voudrait que ce geste viril ait une origine très pratique : à une époque moins paisible, la tape permettait de vérifier discrètement que l'interlocuteur ne dissimulait pas une arme sous ses vêtements.
Aujourd'hui, l'abrazo est avant tout une démonstration de chaleur et de proximité. Sa durée et son intensité varient selon le lien qui unit les deux personnes : bref et accompagné d'une bise sur la joue entre amis, plus appuyé entre proches que l'on n'a pas vus depuis longtemps. Les voyageurs parfois surpris par cette spontanéité tactile s'y habituent vite : refuser une accolade reviendrait presque à snober son hôte.
Bonus : au Tibet, les moines tirent la langue
Au Tibet, certains moines perpétuent une coutume parmi les plus déconcertantes au monde : ils tirent la langue à leurs interlocuteurs, paumes jointes devant la poitrine. Le geste, qui pourrait sembler grossier ailleurs, est ici l'expression d'un profond respect.
L'origine remonte au IXᵉ siècle, sous le règne de Lang Darma, un roi tristement célèbre pour avoir persécuté le bouddhisme et pour… sa langue noire. Selon la croyance populaire, les âmes cruelles se réincarnent en êtres reconnaissables à cette particularité. En tirant la langue, les moines tibétains prouvent ainsi à leur visiteur qu'ils ne sont pas la réincarnation du tyran, et que leurs intentions sont pures. Une manière, somme toute, de dire bonjour avec toute la lumière de son âme.
Florine Dergelet
