Les plus beaux voyages en train à travers le monde
Regard2 septembre 20195 min de lecture

Les plus beaux voyages en train à travers le monde

Cinq itinéraires ferroviaires où le voyage compte autant que la destination.

Certains trains ne sont pas de simples moyens de transport : ils incarnent une part du voyage lui-même. Qu'on les choisisse pour leur confort feutré, pour les légendes qu'ils traînent derrière eux ou pour la singularité de l'expérience qu'ils offrent, ces convois mythiques partagent une promesse commune : celle d'un déplacement lent, où le paysage redevient le véritable spectacle. Du Sri Lanka à la Russie, en passant par le Pérou, la Suisse, l'Italie, la Thaïlande et Singapour, voici cinq itinéraires ferroviaires qui méritent qu'on prenne le temps de monter à bord.

Au sommaire

  • Le Transsibérien, en Russie et en Mongolie
  • L'Eastern & Oriental Express, de la Thaïlande à Singapour
  • Le Bernina Express, de la Suisse à l'Italie
  • L'Hiram Bingham, sur la route du Machu Picchu
  • La ligne Nuwara Eliya–Ella, au cœur des hauts plateaux du Sri Lanka

1. Le Transsibérien, en Russie (et au-delà, en Mongolie)

C'est le Graal des voyageurs ferroviaires, et pour cause : avec ses 9 288 kilomètres, le Transsibérien détient depuis son achèvement en 1916 le titre de plus longue ligne de chemin de fer au monde. De Moscou à Vladivostok, il faut compter près d'une semaine de trajet sans interruption, traversant sept fuseaux horaires et une succession de paysages que peu de voyages permettent d'embrasser : la taïga interminable de Sibérie, les rives bleutées du lac Baïkal — plus profond lac de la planète —, les villes-étapes comme Iekaterinbourg, Novossibirsk ou Irkoutsk, puis les steppes immenses qui filent vers l'Extrême-Orient.

Le voyage s'effectue en première, deuxième ou troisième classe (la fameuse platzkart, en wagon-dortoir ouvert). Les puristes recommandent cette dernière, sans hésiter : c'est là que le voyage prend tout son sens, autour d'un thé partagé avec un soldat en permission ou d'une conversation muette avec une babouchka. Pour ceux qui souhaitent prolonger l'aventure, il est possible de bifurquer vers Oulan-Bator puis Pékin via le Transmongolien — un détour qui ajoute steppes mongoles et désert de Gobi à la liste déjà longue des paysages traversés.

2. L'Eastern & Oriental Express, de la Thaïlande à Singapour

À l'autre extrémité du spectre, l'Eastern & Oriental Express joue la carte du raffinement absolu. Mis en service en 1993 par la compagnie qui exploite également le Venice Simplon-Orient-Express, il a hérité de wagons rénovés ayant longtemps circulé en Nouvelle-Zélande, repensés dans un style colonial assumé. Sur près de 2 000 kilomètres, il relie Bangkok à Singapour en passant par la Malaisie, traversant le pont de la rivière Kwai puis filant vers Penang, Kuala Lumpur et l'île-cité.

L'intérieur est l'œuvre de tapissiers et ébénistes spécialisés : marqueteries en bois de cerisier, fauteuils en rotin tressé, voitures-restaurants tendues de soie, voiture-bar à panneaux laqués. Mais le vrai luxe, c'est sans doute la voiture-observation à ciel ouvert, à l'arrière du convoi, où l'on regarde défiler rizières inondées, jungle moite, plantations d'hévéas, marchés posés à même la voie. Un voyage qui s'apparente moins à un déplacement qu'à un séjour itinérant dans un palace en mouvement.

3. Le Bernina Express, de la Suisse à l'Italie

Quatre heures à peine, et pourtant l'un des trajets les plus denses qui soient. Le Bernina Express n'a rien à prouver en kilométrage : sa renommée tient à la concentration de paysages qu'il offre sur sa ligne classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2008. Au départ de Coire ou de Saint-Moritz, le convoi grimpe jusqu'au col de la Bernina, à 2 253 mètres — l'altitude la plus élevée jamais atteinte par un train sans crémaillère en Europe — avant de redescendre vers Tirano, en Lombardie italienne.

Sur le parcours : 55 tunnels, 196 ponts et viaducs, dont le célèbre viaduc hélicoïdal de Brusio, où le train s'enroule sur lui-même pour rattraper la dénivelée. En quelques heures, on passe des glaciers de l'Engadine aux palmiers du lac de Côme, des forêts de mélèzes aux villages au crépi rose. Les voitures panoramiques aux baies vitrées arrondies montent jusqu'au plafond : aucun détail du paysage ne vous échappe.

4. L'Hiram Bingham, sur la route du Machu Picchu

Au Pérou, le train sert l'imaginaire autant que la géographie. L'Hiram Bingham porte le nom de l'archéologue américain qui, en 1911, ramena le Machu Picchu à la connaissance du monde — même si les paysans de la région n'avaient jamais oublié son existence. Exploité aujourd'hui par la même compagnie que le Venice Simplon-Orient-Express, il revendique cette filiation jusque dans ses voitures Pullman aux teintes bleu nuit et or, où l'on prend l'apéritif au son d'un musicien péruvien.

Le train part de la gare de Poroy, à proximité de Cuzco, et descend en trois heures et demie dans la vallée sacrée des Incas, jusqu'au village d'Aguas Calientes, au pied de la cité perdue. Brunch à l'aller, dîner gastronomique au retour, voiture-observation ouverte sur la fin du parcours : on suit le rio Urubamba qui se faufile au fond d'un canyon, on devine les terrasses incas accrochées aux flancs de montagne, on croise des hameaux qui semblent n'avoir pas changé depuis des siècles.

5. La ligne Nuwara Eliya–Ella, au Sri Lanka

Changement total d'ambiance pour terminer. Au cœur des hauts plateaux du Sri Lanka, la ligne qui relie Nuwara Eliya à Ella est devenue, à juste titre, l'un des trajets ferroviaires les plus photographiés d'Asie. Construite par les Britanniques à la fin du XIXᵉ siècle pour acheminer les caisses de thé jusqu'à Colombo, elle traverse aujourd'hui les plantations à flanc de colline, les forêts d'eucalyptus et les ponts de pierre — dont le célèbre Nine Arches Bridge, élevé en 1921 sans la moindre poutre métallique.

Ici, oubliez les voitures climatisées : la magie tient justement au contraire, dans ces wagons aux fenêtres toujours ouvertes, voire aux portes battantes où il est possible de s'asseoir, jambes dans le vide, pour regarder filer les théiers à perte de vue. Les vendeurs ambulants montent à chaque arrêt et proposent vadai, samosas, beignets de lentilles, maïs grillé, thé sucré servi dans des gobelets en plastique. Une mise en garde tout de même pour les palais sensibles : la cuisine sri lankaise ne plaisante pas avec les épices. Voyage lent, voyage humble, voyage de carte postale — c'est sans doute le plus simple des cinq, et l'un des plus mémorables.

Charlene Desdoits

L'auteur

Charlene Desdoits

Amoureuse des mots, de la nature et des rencontres, elle s’attache à transmettre dans ses textes une vision sensible, engagée et responsable du tourisme. Chaque article est pour elle une passerelle en

Catégorie : Itinéraires & idéesMis à jour le 7 mai 2026