Reportage

Les plus beaux sites pour une randonnée inoubliable

Huit terrains de marche d'exception, des Andes péruviennes aux falaises du Makay malgache.

La randonnée a cette qualité rare de réunir l'effort et la contemplation. Marcher pendant des heures, parfois des jours, pour atteindre une crête, un col ou un plateau dont la beauté justifie chaque pas : voilà une promesse que peu d'activités tiennent aussi bien. Aux quatre coins du globe, certains massifs, vallées ou volcans se prêtent particulièrement à cet exercice, offrant aux marcheurs des décors qui marquent durablement la mémoire. Tour d'horizon de quelques itinéraires que nous tenons en haute estime.

Au sommaire

  • The Rainbow Mountain – Pérou
  • Le Parc National des Cinque Terre – Italie
  • Les 3 Cirques – Île de la Réunion
  • L'Annapurna – Népal
  • Le mont Kilimandjaro – Tanzanie
  • Le Mont Bromo – Indonésie
  • Le Tian Shan – Kirghizistan
  • Le Massif du Makay – Madagascar

The Rainbow Mountain – Pérou

Montagne aux 7 couleurs au Pérou

Difficile de croire à la première vision de Vinicunca, plus connue sous le nom de montagne aux sept couleurs ou Rainbow Mountain. Située dans la cordillère des Andes péruviennes, à environ trois heures de route au sud de Cusco, elle doit ses bandes ocre, turquoise, lavande et rouille à la sédimentation millénaire de minéraux différents : oxydes de fer pour le rouge, chlorite pour le vert, soufre et oxydes de cuivre pour les nuances jaunes et bleues. Le résultat ressemble davantage à une fresque qu'à un relief naturel.

L'ascension est exigeante, non par sa technicité, mais par son altitude : le sommet culmine à 5 200 mètres. À cette hauteur, l'air contient près de moitié moins d'oxygène qu'au niveau de la mer, et le mal aigu des montagnes peut frapper même les randonneurs les mieux entraînés. Une acclimatation préalable de deux à trois jours à Cusco (3 400 m) est indispensable, et l'accompagnement d'un guide équipé d'une bouteille d'oxygène reste recommandé pour les profils sensibles.

Au sommet, le panorama récompense la lenteur du souffle : un dégradé minéral qui se déploie sur des kilomètres, dominé au loin par les neiges éternelles de l'Ausangate.

Le Parc National des Cinque Terre – Italie

Cinque Terre en Italie

Accrochés à la falaise comme des grappes de maisons pastel, les cinq villages des Cinque Terre jalonnent une portion spectaculaire de la côte ligure, au nord-ouest de l'Italie. Inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997, ils témoignent d'un héritage agricole rare : depuis le Moyen Âge, des générations de paysans y ont sculpté des terrasses retenues par des murets de pierre sèche, dont le linéaire cumulé dépasserait celui de la Grande Muraille de Chine.

Les sentiers qui relient Monterosso al Mare, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore conviennent à tous les marcheurs raisonnablement entraînés. Le célèbre Sentiero Azzurro, qui longe la mer, demeure l'itinéraire le plus emprunté, mais les chemins de hauteur — moins fréquentés — offrent souvent des points de vue plus saisissants encore. Le printemps et le début de l'automne sont idéaux : la chaleur reste douce et la fréquentation tombe d'un cran après l'effervescence estivale.

Les 3 Cirques – Île de la Réunion

Cirque de Mafate à La Réunion

Trois amphithéâtres naturels creusés au cœur de l'île par l'érosion et l'effondrement d'anciens édifices volcaniques : Cilaos, Salazie et Mafate dessinent les trois cirques mythiques de La Réunion. Adossés au Piton des Neiges (3 070 m), point culminant de l'océan Indien, ils forment depuis 2010 le cœur d'un parc national classé à l'UNESCO sous l'appellation « Pitons, cirques et remparts ».

Mafate constitue le terrain de jeu ultime des marcheurs : aucune route n'y mène, et ses îlets — petits hameaux isolés — ne sont accessibles qu'à pied ou par hélicoptère. Les sentiers, souvent escarpés, exigent une bonne condition physique et un sens aiguisé du dénivelé. Salazie, plus humide et verdoyant, offre des cascades vertigineuses comme le Voile de la Mariée. Cilaos, enfin, séduit par ses sources thermales et ses points de vue sur les remparts. Une traversée des trois cirques en plusieurs jours, en passant par les gîtes de montagne, reste une expérience marquante du paysage tropical insulaire.

L'Annapurna – Népal

Trek des Annapurna au Népal

Si l'Everest cristallise les rêves d'alpinistes, le massif des Annapurna demeure la destination de référence pour les amateurs de longs treks. Le célèbre tour des Annapurna, qui s'étire sur 160 à 230 km selon les variantes, traverse plusieurs étages climatiques en quelques jours seulement : rizières en terrasses des basses vallées, forêts de rhododendrons en fleurs au printemps, conifères d'altitude, puis hauts plateaux désertiques rappelant le Tibet voisin.

Le passage du Thorong La à 5 416 mètres constitue l'un des moments forts de l'itinéraire — un col où l'oxygène se fait rare mais où la vue, à 360 degrés sur les géants himalayens, justifie chaque effort. Contrairement à des treks plus techniques, le sentier reste accessible aux marcheurs réguliers à condition de prévoir l'acclimatation nécessaire. Les tea houses jalonnant le parcours, tenues par des familles gurung et thakali, offrent un hébergement simple et chaleureux qui contribue à la magie du voyage.

Le mont Kilimandjaro – Tanzanie

Ascension du Kilimandjaro

Avec ses 5 895 mètres, le Kilimandjaro porte fièrement le titre de toit de l'Afrique. Volcan endormi situé au nord-est de la Tanzanie, à proximité de la frontière kényane, il fascine par son isolement : il s'élève seul au-dessus des plaines, sans massif environnant, ce qui accentue l'impression de monolithe surgissant des savanes.

L'ascension demande entre cinq et neuf jours selon la voie choisie. La route de Machame, surnommée la « Whisky route », alterne forêts tropicales humides, landes de bruyères géantes typiques de l'écosystème afroalpin, déserts d'altitude et glaciers sommitaux — un raccourci écologique qui équivaudrait à traverser plusieurs continents. La route de Marangu, plus courte et seule à proposer des refuges en dur, reste populaire mais affiche un taux de réussite plus faible en raison d'une acclimatation insuffisante.

L'arrivée à Uhuru Peak, généralement entreprise en pleine nuit pour profiter du lever de soleil, demande une endurance solide et une discipline mentale à toute épreuve. Les guides tanzaniens, formés et obligatoires, accompagnent l'expérience d'une dimension humaine essentielle.

Le Mont Bromo – Indonésie

Mont Bromo en Indonésie

Du haut de ses 2 329 mètres, le mont Bromo ne fait pas partie des géants volcaniques d'Indonésie, mais c'est sans conteste l'un des plus photogéniques. Niché dans le parc national de Bromo Tengger Semeru, à l'est de l'île de Java, il forme avec ses voisins une caldeira balayée de cendres grises où le silence n'est rompu que par le souffle continu du cratère.

Les randonneurs partent généralement avant l'aube pour rejoindre le belvédère du mont Penanjakan. De là, le spectacle est saisissant : un océan de nuages s'étire au fond de la caldeira, percé par les silhouettes du Bromo, du Batok et, plus loin, du majestueux Semeru qui crache régulièrement son panache de fumée. La descente vers la « mer de sable » puis la montée finale par 250 marches taillées dans la pente conduisent au bord du cratère, où l'on perçoit nettement le grondement et l'odeur sulfurée du volcan en activité.

L'itinéraire reste accessible en une journée depuis Cemoro Lawang, ce qui explique son succès. Pour échapper à la foule, certains préfèrent y dormir et entreprendre l'ascension en autonomie, à pied, avant l'arrivée des 4×4 touristiques.

Le Tian Shan – Kirghizistan

Tian Shan au Kirghizistan

Les « montagnes célestes » — c'est ainsi que se traduit Tian Shan — étirent leurs sommets sur près de 2 500 km à travers la Chine, le Kazakhstan et le Kirghizistan. Au cœur de l'Asie centrale, cette chaîne abrite des reliefs tourmentés culminant à 7 439 m au pic Pobedy, mais ce sont surtout les vallées intermédiaires, les alpages d'altitude et les lacs glaciaires qui en font l'un des terrains de randonnée les plus singuliers de la planète.

Au Kirghizistan, les itinéraires alternent steppes herbeuses, forêts de noyers et de pommiers sauvages — berceaux génétiques de nombreuses variétés cultivées aujourd'hui dans le monde —, hauts plateaux peuplés de chevaux et passages de cols à plus de 4 000 mètres. La région abrite une faune rare : léopard des neiges, mouflon Marco Polo, ibex de Sibérie, vautours moines.

L'autre attrait majeur du Tian Shan tient à sa dimension humaine. Le long du parcours, les randonneurs partagent souvent une nuit dans les yourtes des éleveurs semi-nomades kirghizes, autour d'un bol de kymyz (lait de jument fermenté) ou d'une part de boorsok. Une hospitalité ancestrale qui colore l'expérience d'une chaleur inattendue, à l'opposé du froid des sommets.

Le Massif du Makay – Madagascar

Massif du Makay à Madagascar

Au sud-ouest de Madagascar s'étend l'un des derniers massifs encore largement inexplorés du globe : le Makay. Constitué de grès érodé sur près de 150 millions d'années, il forme un labyrinthe de canyons profonds, de tepuys arides et de vallées encaissées dans lesquelles la végétation tropicale s'est réfugiée comme dans des oasis suspendues.

Encore préservé du tourisme de masse, le Makay constitue un terrain rêvé pour les randonneurs en quête d'aventure pure. Les expéditions naturalistes menées dans la région — notamment par l'association Naturevolution — y découvrent régulièrement de nouvelles espèces : insectes, reptiles, plantes endémiques et même quelques lémuriens dont la répartition exacte reste à cartographier.

Une traversée du massif demande plusieurs jours de marche et de bivouac, souvent ponctués de baignades dans des piscines naturelles taillées dans la roche, et de passages en pirogue sur les rivières qui sillonnent les canyons. Les paysages, à la croisée du Far West et de la jungle, n'ont pas d'équivalent. C'est, au sens propre, l'une des dernières aventures que la planète offre encore aux marcheurs prêts à sortir des sentiers balisés.

Charlene Desdoits

L'auteur

Charlene Desdoits

Amoureuse des mots, de la nature et des rencontres, elle s’attache à transmettre dans ses textes une vision sensible, engagée et responsable du tourisme. Chaque article est pour elle une passerelle en

Catégorie : Itinéraires & idéesMis à jour le 7 mai 2026