En cette période de confinement, les frontières se sont refermées et les avions cloués au sol. Mais il existe une manière intemporelle de continuer à voyager, sans bouger de chez soi : ouvrir un livre. Les récits d'explorateurs, qu'ils soient célèbres ou plus discrets, ont ce pouvoir rare de nous projeter ailleurs, de nous offrir un dépaysement complet en quelques pages. Voici une sélection d'ouvrages que nous aimons particulièrement, à glisser sur la table de chevet pour transformer ces semaines d'attente en véritables échappées intérieures.
Au sommaire
- Petit traité sur l'immensité du monde, de Sylvain Tesson
- Les livres de Mike Horn
- Sauvage par nature, de Sarah Marquis
- La collection « L'âme des peuples »
- La chevauchée des steppes, de Sylvain Tesson et Priscilla Telmon
- Quelques conseils pour bien lire en confinement
1. Petit traité sur l'immensité du monde

Impossible de commencer cette sélection sans évoquer ce petit livre devenu, au fil des années, un classique de la littérature de voyage francophone. Publié en 2005, le Petit traité sur l'immensité du monde est un manifeste autant qu'un recueil. Sylvain Tesson y livre, en chapitres brefs et ciselés, ce qui pousse un homme à partir : la fatigue des villes, l'appel des espaces, le besoin de retrouver un rythme à la mesure du corps.
De ses errances entre Paris et les steppes d'Asie centrale, en passant par le Tibet, l'auteur tire un éloge du voyage lent — à pied, à vélo, à cheval ou en canot. Plus qu'un carnet de route, c'est une réflexion philosophique nourrie de lectures classiques (Rousseau, Stevenson, Nicolas Bouvier) sur notre place dans la nature et sur la liberté que procure la marche. Une lecture courte, dense, idéale pour relancer l'imagination quand l'horizon se rétrécit aux quatre murs du salon.
2. Les livres de Mike Horn

Changement complet de registre avec Mike Horn. L'aventurier sud-africain, naturalisé suisse, fait partie de cette poignée d'hommes qui repoussent sans cesse la définition du possible. Il a descendu l'Amazone à la nage en 1997, fait le tour de la planète au niveau de l'équateur sans moyen motorisé, parcouru le cercle arctique en solitaire, gravi plusieurs sommets de plus de 8 000 mètres sans oxygène. Chaque expédition est devenue un livre.
Parmi les titres les plus marquants : Latitude zéro, Conquérant de l'impossible, Vouloir toucher les étoiles ou encore L'Antarctique, le rêve d'une vie. On y trouve à la fois le récit brut de l'effort physique extrême et une véritable philosophie de la persévérance. Les pages s'avalent vite, portées par un souffle d'engagement qui fait du bien lorsque le quotidien se fait étroit.
3. Sauvage par nature

Sarah Marquis est une exploratrice suisse, distinguée comme « aventurière de l'année » par le National Geographic en 2014. Dans Sauvage par nature, elle raconte sa traversée à pied, en solitaire, de la Sibérie jusqu'à l'Australie : trois ans de marche, soit environ 1 000 jours et 1 000 nuits passés sur les sentiers, avec son chariot de matériel pour seul compagnon.
Des forêts du lac Baïkal aux jungles laotiennes, des steppes mongoles aux déserts australiens, elle décrit la rudesse du quotidien autant que la grâce de certaines rencontres — un aigle au sommet d'un col, une famille nomade qui ouvre sa yourte, un dingo qui rôde la nuit. Au-delà de l'exploit, le livre touche par sa vérité psychologique : la peur, la solitude, la joie sans témoin. Un récit qui agit comme un grand bol d'air et qui rappelle que l'aventure tient autant à l'attitude qu'à la géographie.
4. La collection « L'âme des peuples »

Pour celles et ceux qui aiment comprendre un pays avant — ou à défaut — de s'y rendre, la collection « L'âme des peuples » publiée par les éditions Nevicata est une petite mine. Le principe est simple : confier à un journaliste, un écrivain ou un universitaire familier d'un pays le soin d'en raconter les ressorts profonds, en une centaine de pages.
Loin du guide touristique classique, chaque ouvrage explore la culture, la religion, la politique, l'histoire, les arts ou les rituels qui façonnent une société. Le portrait du Vietnam ne ressemble pas à celui de l'Iran, celui du Sénégal n'a rien à voir avec celui de la Géorgie. Format court, ton incarné, regard subjectif assumé : ces livres se lisent en une après-midi et donnent l'impression d'avoir saisi quelque chose d'essentiel sur un peuple. Un excellent compagnon pour préparer mentalement les voyages d'après.
5. La chevauchée des steppes : 3 000 kilomètres à cheval à travers l'Asie centrale

Retour à Sylvain Tesson, mais cette fois en duo avec l'exploratrice et photographe Priscilla Telmon. Au début des années 2000, les deux compagnons de route entreprennent un projet aussi romanesque qu'exigeant : refaire à cheval, sur plus de 3 000 kilomètres, l'itinéraire des grands voyageurs de jadis, du Kazakhstan jusqu'au Turkménistan, en traversant la Kirghizie et l'Ouzbékistan.
Dans leurs sacoches, presque pas de matériel moderne — mais les livres d'Ella Maillart, de Joseph Kessel ou de Bouvier, qu'ils relisent le soir au bivouac. Le récit qui en résulte se lit comme un dialogue à plusieurs voix : celle des cavaliers d'aujourd'hui et celle des aventuriers d'hier. La steppe y apparaît comme un espace presque hors du temps, où les yourtes, les troupeaux et l'hospitalité nomade demeurent intacts. Le livre idéal pour qui rêve d'horizons larges et de chevauchées qui n'en finissent pas.
Quelques conseils pour bien lire en confinement
Lire pendant le confinement n'est pas seulement une distraction : c'est aussi un exercice mental qui aide à supporter l'enfermement. Quelques pistes glanées auprès des grands voyageurs eux-mêmes :
- Choisir un rituel : un fauteuil dédié, une heure fixe, une boisson chaude. La régularité crée l'évasion.
- Voyager carnet à la main : noter les passages qui marquent, les noms de lieux, les itinéraires. C'est ainsi qu'on se construit, livre après livre, sa propre cartographie intérieure.
- Alterner les rythmes : un récit dense (Tesson, Marquis) suivi d'un format court (« L'âme des peuples ») évite la lassitude.
- Prolonger la lecture : aller écouter une interview de l'auteur, regarder les cartes des trajets, consulter les photos disponibles en ligne. L'évasion s'en trouve démultipliée.
Et vous, quels sont les récits de voyage qui vous accompagnent depuis le début du confinement ? Ceux que vous relisez sans vous lasser, ceux que vous gardez pour les jours sans envie ? Les meilleures recommandations sont souvent celles qui passent de lecteur à lecteur.
Florine Dergelet
