Qu'est-ce que le maté et comment le déguster dans les règles de l’art ?
Reportage8 juin 202411 min de lecture

Qu'est-ce que le maté et comment le déguster dans les règles de l’art ?

Des Guaranis aux terrasses de Buenos Aires, voyage autour d'une infusion devenue rituel social.

Faisant partie des trois boissons caféinées les plus consommées au monde, aux côtés du thé et du café, le maté occupe une place à part en Amérique du Sud. Indissociable du quotidien argentin, paraguayen ou uruguayen, on le retrouve aussi au Brésil sous le nom de chimarrão. Bien plus qu'une simple infusion, c'est un rituel social, une compagnie de tous les instants. Composition, goût, équipements, préparation, traditions : voici tout ce qu'il faut savoir avant de partager votre première calebasse.

Au sommaire

  • Qu'est-ce que le maté ?
  • Quel est le goût du maté ?
  • Quels sont les bienfaits du maté ?
  • Quels équipements pour boire du maté ?
  • Comment préparer le maté ?
  • Combien de fois peut-on ré-infuser un maté ?
  • Quelle quantité de maté peut-on boire par jour ?
  • Y a-t-il des contre-indications ?
  • FAQ

Qu'est-ce que le maté ?

Le maté est une infusion préparée à partir des feuilles séchées et broyées de la yerba mate (Ilex paraguariensis), un arbre de la famille des houx qui pousse dans le bassin du Paraná, à cheval entre le nord-est de l'Argentine, le Paraguay, l'Uruguay et le sud du Brésil. Cet arbuste à feuilles persistantes peut atteindre une quinzaine de mètres à l'état sauvage, mais reste taillé court dans les plantations afin de faciliter la cueillette.

Sa consommation remonte bien avant l'arrivée des Européens : les Guaranis mâchaient déjà les feuilles pour leurs vertus stimulantes et leur capacité à couper la faim lors des longues marches en forêt. Les Jésuites, installés dans la région à partir du XVIᵉ siècle, ont ensuite adopté la plante, codifié sa culture dans leurs missions et l'ont diffusée auprès des pays voisins — d'où son surnom encore vivace de « thé des Jésuites ». Méfiants à l'égard de ce breuvage qu'ils jugeaient diabolique, les colons espagnols tentèrent un temps de l'interdire, sans succès : le maté s'est imposé comme une boisson identitaire que l'on retrouve aujourd'hui à toute heure dans les rues de Buenos Aires, de Montevideo ou d'Asunción. En décembre 2020, l'UNESCO a même inscrit la pratique du chimarrão brésilien au patrimoine culturel immatériel du Rio Grande do Sul, signe de son ancrage profond dans la culture régionale.

Quel est le goût du maté ?

Au premier contact, le maté surprend : son profil végétal, herbacé et franchement amer évoque un thé vert très corsé, parfois rehaussé d'une pointe fumée. Mais réduire le maté à une saveur unique serait inexact. Comme pour le café ou le vin, son goût dépend du terroir, du mode de production, de la durée d'affinage, de la coupe des feuilles et, enfin, du soin apporté à la préparation.

Trois grandes familles dominent le marché :

  • Le maté affiné : version la plus répandue et la plus prisée des amateurs argentins et uruguayens. Les feuilles vieillissent entre 12 et 24 mois dans des entrepôts contrôlés. Le résultat ? Des notes corsées, terreuses, légèrement fumées. Plus la maturation est longue, plus la tasse est puissante.
  • Le maté vert : non affiné, consommé peu de temps après la récolte. Plus frais et végétal, moins amer, il rappelle un thé vert japonais et constitue souvent une bonne porte d'entrée pour les palais novices.
  • Le maté torréfié : passé brièvement au four après séchage, il développe des arômes grillés, presque caramélisés. Très apprécié au Brésil sous forme de mate cocido, en infusion classique.

D'autres paramètres affinent encore le profil aromatique :

  • La coupe des feuilles : plus la mouture est fine, plus l'extraction est rapide et le goût intense. Une coupe plus grossière donne une boisson plus douce et plus tolérante aux erreurs de préparation.
  • Le tri des tiges : selon les producteurs, les branches sont retirées ou broyées avec les feuilles. Les matés contenant peu de tiges sont considérés comme haut de gamme et offrent une amertume plus tranchée ; ceux avec tiges (con palo) sont plus ronds et représentent le standard argentin.

Enfin, la température de l'eau et la quantité de yerba conditionnent largement le résultat final : un même paquet peut donner une boisson rude ou délicate selon la main qui prépare.

Quels sont les bienfaits du maté ?

Une tasse de maté contient en moyenne 35 mg de caféine — un peu plus qu'une tasse de thé, mais nettement moins qu'un expresso. À cela s'ajoutent deux alcaloïdes complémentaires, la théobromine et la théophylline, déjà connus dans le cacao et le thé pour leurs propriétés tonifiantes. La feuille est également riche en antioxydants (polyphénols, saponines), en minéraux (potassium, magnésium, zinc) et en plusieurs vitamines du groupe B.

Au-delà du coup de fouet matinal, le maté est traditionnellement associé à de nombreux effets bénéfiques :

  • lutter contre la fatigue physique et mentale ;
  • soulager les maux de tête ;
  • apaiser certaines douleurs rhumatismales ;
  • favoriser la récupération après l'effort ;
  • améliorer les performances cognitives et la concentration ;
  • renforcer le système immunitaire ;
  • contribuer à équilibrer le cholestérol (baisse du LDL, hausse du HDL) ;
  • jouer un rôle de coupe-faim, utile dans le cadre d'une alimentation contrôlée.

Ces vertus font du maté un compagnon naturel des travailleurs, des étudiants en révisions et des sportifs sud-américains, qui le boivent souvent à la place du café au cours de la journée.

Quels équipements pour boire du maté ?

Préparer le maté dans les règles de l'art demande deux ustensiles indissociables : la calebasse et la bombilla. Ce duo, transmis de génération en génération, est aussi emblématique que le rituel lui-même.

La calebasse

La calebasse — mate en espagnol, le mot désigne d'ailleurs aussi bien la boisson que le récipient — est traditionnellement taillée dans une courge évidée puis séchée. Sa forme arrondie épouse la main et conserve idéalement la chaleur de l'infusion.

Avant la première utilisation, une calebasse en courge doit être curada, c'est-à-dire culottée : on la remplit de yerba usagée, on ajoute de l'eau chaude, puis on laisse reposer une nuit entière. Cette étape gonfle légèrement les fibres, élimine les résidus internes et limite les risques de fissure. Le lendemain, il suffit de vider, gratter doucement les parois et rincer. L'opération peut être répétée deux ou trois fois pour une calebasse qui durera des années.

D'autres matériaux existent aujourd'hui pour celles et ceux qui cherchent un entretien plus simple : inox (très répandu en Uruguay), bois sculpté, céramique, voire silicone pour les versions de voyage. Chaque matière modifie légèrement la perception aromatique, mais aucune n'égale, pour les puristes, la patine d'une vieille courge bien culottée.

La bombilla

La bombilla est la paille filtrante par laquelle on aspire la boisson. Sa partie inférieure, percée de fines fentes ou en forme de bulbe ajouré, retient les feuilles tout en laissant passer le liquide. La plupart sont en alpaga, en argent ou en inox, mais on en trouve également en bambou, en bois ou en verre. Une bombilla de qualité ne brûle pas les lèvres, se nettoie facilement et conserve un débit régulier au fil des infusions.

Comment préparer le maté ?

La gestuelle compte autant que le produit. Une yerba excellente mal préparée donne une boisson terne ; une yerba modeste bien dosée peut surprendre. Voici la méthode traditionnelle, étape par étape.

  1. Remplir la calebasse de yerba mate jusqu'aux deux tiers environ.
  2. Mélanger les particules : couvrir l'ouverture avec la paume, retourner doucement la calebasse à l'horizontale et secouer légèrement. Cette manœuvre éloigne la poudre la plus fine de la zone où viendra la bombilla et évite qu'elle ne bouche le filtre.
  3. Former la montañita : incliner la calebasse à 45° afin que la yerba forme un tas d'un côté et un creux de l'autre. Cette « petite montagne » permet une infusion progressive, infusion après infusion.
  4. Humidifier la base : verser un filet d'eau tiède (autour de 40 °C) dans le creux, en maintenant l'inclinaison, jusqu'à ce que la yerba absorbe le liquide et que la montañita se stabilise. Cette pré-infusion préserve les arômes les plus délicats et évite de « brûler » les feuilles.
  5. Placer la bombilla : boucher l'embout supérieur avec le pouce pour empêcher les feuilles de remonter, puis enfoncer la paille dans le creux. Une fois en place, on ne la déplace plus, sous peine de boucher le filtre.
  6. Chauffer l'eau sans la faire bouillir : la température idéale se situe entre 70 et 80 °C. Au-delà, le maté devient excessivement amer et perd une partie de ses vitamines. Verser doucement dans le puits, sans noyer la montañita, et conserver le reste dans un thermos pour les tournées suivantes.
  7. Déguster : aspirer lentement par la bombilla jusqu'à entendre le léger glouglou caractéristique d'un maté terminé. Reverser ensuite de l'eau chaude dans le même creux, encore et encore, tant que la boisson conserve du goût.

Une boisson à partager selon la tradition

En Amérique du Sud, le maté n'est pas une boisson solitaire : c'est un geste d'accueil. Le rituel veut que celui qui prépare — le cebador — boive la première calebasse (souvent la plus amère) avant de la remplir à nouveau et de la passer à son voisin, toujours dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. On boit jusqu'au glouglou puis on rend la calebasse au cebador, qui la regarnit pour le suivant. Refuser un tour est mal vu ; dire « gracias » signifie en revanche que l'on n'en souhaite plus.

Combien de fois peut-on ré-infuser un maté ?

L'un des grands atouts du maté tient à sa générosité : la même portion de yerba peut être ré-infusée de nombreuses fois. Selon la taille de la calebasse, la qualité de la yerba et la coupe des feuilles, on parvient sans peine à dix, parfois quinze infusions successives avec un litre d'eau chaude. La saveur évolue au fil des passages : franche et puissante au début, plus douce et boisée vers la fin. Lorsque la boisson devient trop fade — on dit qu'elle est lavado — on jette la yerba usagée et l'on recommence.

Quelle quantité de maté peut-on boire par jour ?

Tonifiant, le maté reste une boisson caféinée qu'il convient de doser. Pour un débutant, une calebasse par jour — soit environ un litre étalé sur la matinée — suffit largement. Les habitués peuvent monter à deux litres, en se gardant bien de dépasser ce seuil pour éviter palpitations et nervosité. Comme pour le café, mieux vaut éviter d'en boire après 18 h afin de ne pas perturber le sommeil. À l'inverse, une calebasse partagée en milieu d'après-midi remplace agréablement une pause-café et offre, au fil des heures, un coup de pouce plus régulier qu'un expresso.

Y a-t-il des contre-indications ?

Tout comme le café, le maté est déconseillé aux personnes souffrant d'hypertension, de tachycardie, d'insomnie, d'anxiété, de gastrite, d'ulcère gastroduodénal ou de maladies du foie (hépatites, cirrhose). La prudence s'impose également chez les femmes enceintes ou allaitantes, ainsi qu'en cas de prise de certains médicaments stimulants ou anticoagulants : un avis médical reste alors le plus sûr. Enfin, plusieurs études ont pointé un risque lié à la consommation très chaude et quotidienne de maté sur le long terme ; respecter une température d'infusion modérée (autour de 70-80 °C) reste donc recommandé.

FAQ

Le maté contient-il plus de caféine que le café ?

Non. Une tasse de maté apporte environ 35 mg de caféine, contre 80 à 100 mg pour un café filtre. En revanche, son association avec la théobromine et la théophylline procure un effet plus régulier et plus progressif, sans pic brutal.

Peut-on préparer du maté sans calebasse ni bombilla ?

Oui, on peut infuser la yerba comme du thé, à la théière ou dans un filtre. La boisson obtenue, appelée mate cocido, est très populaire au Brésil et au Paraguay. Elle perd toutefois la dimension rituelle et la subtilité aromatique de la préparation traditionnelle.

Faut-il sucrer le maté ?

Tout dépend des habitudes locales. En Argentine et en Uruguay, on le boit majoritairement amargo, c'est-à-dire nature. Au Paraguay et dans le sud du Brésil, on l'apprécie volontiers sucré ou aromatisé d'herbes fraîches (menthe, mélisse, écorces d'agrumes), parfois en version glacée — le tereré — particulièrement rafraîchissante l'été.

Comment conserver la yerba mate une fois ouverte ?

À l'abri de l'air, de la lumière et de l'humidité, dans un récipient hermétique. Bien stockée, une yerba conserve ses arômes plusieurs mois. Évitez le réfrigérateur, qui favorise la condensation.

Où acheter du maté de qualité en Europe ?

On trouve aujourd'hui de la yerba mate dans les épiceries latino-américaines, les magasins bio et plusieurs boutiques en ligne spécialisées. Les marques argentines et uruguayennes les plus réputées (Cruz de Malta, Rosamonte, Canarias, Taragüí) offrent un excellent rapport qualité-prix et garantissent une yerba authentique, traçable et conforme au rituel décrit ici.

Florine Dergelet

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Charlene Desdoits

L'auteur

Charlene Desdoits

Amoureuse des mots, de la nature et des rencontres, elle s’attache à transmettre dans ses textes une vision sensible, engagée et responsable du tourisme. Chaque article est pour elle une passerelle en

Catégorie : Culture & traditionsMis à jour le 7 mai 2026