En voyage, l'envie de vivre des expériences inédites pousse parfois à oublier l'essentiel : derrière certaines attractions souvent présentées comme typiques ou exotiques se cache une réalité beaucoup moins photogénique. Domestication brutale, captivité prolongée, dressage forcé… Le tourisme animalier reste l'un des angles morts du voyage, et pourtant, des alternatives existent. Tour d'horizon de cinq attractions à éviter absolument, et de ce que l'on peut faire à la place.
Au sommaire
- La balade à dos d'éléphant
- Les fermes à tigres
- Les delphinariums
- Les cirques et spectacles avec animaux
- Les fermes à crocodiles
- FAQ
1. La balade à dos d'éléphant

En Thaïlande, au Laos, au Cambodge ou encore au Sri Lanka, monter sur le dos d'un éléphant fait partie des images d'Épinal du voyage en Asie du Sud-Est. L'activité est si banalisée qu'elle paraît presque incontournable. Pourtant, derrière la promenade se cache un mot que peu d'agences osent prononcer : le Phajaan, littéralement « briser l'esprit ». Ce rituel ancestral, encore largement pratiqué par certains mahouts, consiste à séparer un éléphanteau de sa mère, à l'enfermer dans une cage trop étroite et à le priver de nourriture, de sommeil et d'eau pendant plusieurs jours, tout en le frappant à l'aide d'un crochet en métal (le bullhook). L'objectif : obtenir une obéissance totale, par la peur.
À cela s'ajoute un détail anatomique souvent ignoré : la colonne vertébrale de l'éléphant n'est pas conçue pour supporter un poids prolongé sur son dos. Les nacelles utilisées causent à long terme des lésions et des déformations.
L'alternative responsable : privilégier les sanctuaires éthiques qui recueillent des éléphants rescapés du tourisme, du travail forestier ou des cirques. L'Elephant Nature Park, fondé en 1995 près de Chiang Mai par Lek Chailert, fait figure de référence mondiale. Elephant Haven Thailand propose également une approche sans contact forcé, axée sur l'observation et le bien-être animal.
2. Les fermes à tigres

Caresser un tigre, prendre la pose à ses côtés pour un cliché « unique » : l'expérience est proposée dans plusieurs pays d'Asie (Thaïlande, Chine), mais aussi en Australie, au Mexique ou en Argentine. La promesse est séduisante, la réalité bien plus sombre. Les tigreaux sont retirés à leur mère dès les premiers jours de vie, manipulés en continu par des touristes, ce qui empêche tout développement comportemental normal. Les adultes, eux, sont régulièrement soupçonnés d'être sédatés pour rester dociles, et confinés dans des enclos qui n'ont rien à voir avec les dizaines de kilomètres carrés qu'un tigre parcourt habituellement à l'état sauvage.
Plus inquiétant encore, plusieurs enquêtes (notamment celles de l'ONG TRAFFIC) ont mis en évidence des liens entre certaines de ces fermes et le commerce illégal d'os, de peaux et de parties de tigres destinés à la médecine traditionnelle. Soutenir ces établissements, même indirectement, c'est encourager une filière qui menace les populations sauvages déjà fragilisées.
L'alternative : partir à la rencontre des grands félins là où ils vivent, dans les réserves protégées. Le parc national de Chitwan au Népal, classé à l'UNESCO, ou le parc national de Ranthambore en Inde, offrent l'occasion d'observer des tigres dans leur habitat naturel. Les apercevoir reste rare et demande de la patience, mais le souvenir n'a rien à voir avec une photo de zoo.
3. Les delphinariums

Le drame commence souvent en mer. Les rabattages, comme ceux documentés chaque année à Taiji, au Japon, voient des groupes entiers de dauphins encerclés dans des baies, triés selon leur apparence : les plus jeunes et les plus « photogéniques » partent vivre dans des bassins, les autres sont parfois abattus. Une fois en captivité, les cétacés se retrouvent confinés dans quelques mètres cubes d'eau chlorée, eux qui parcourent normalement plusieurs dizaines de kilomètres par jour et plongent à grande profondeur.
Les conséquences sont bien documentées : stéréotypies (nages en cercle, immobilité prolongée), troubles digestifs, dépression, parfois auto-mutilation. La nageoire dorsale repliée des orques captives, par exemple, est un signe physiologique direct de leur mal-être.
La bonne nouvelle : la pression citoyenne porte ses fruits. La Croatie, l'Inde, le Costa Rica, le Chili, la Slovénie ou encore la Bolivie ont interdit les delphinariums. La France a, quant à elle, voté en 2018 puis renforcé en 2021 l'interdiction de la reproduction en captivité. Pour observer les dauphins en respectant leur liberté, mieux vaut embarquer avec des associations agréées qui pratiquent l'observation passive, à distance respectueuse (au moins 100 mètres).
4. Les cirques et spectacles avec animaux

Sur la piste, les numéros donnent l'illusion d'une harmonie parfaite entre l'animal et son dresseur. En coulisses, c'est une tout autre histoire : transports incessants dans des camions exigus, longues heures enchaînés ou enfermés dans des cages, dressage à base de récompenses mais aussi de coups, absence quasi totale de contact social pour des espèces grégaires. Lions, ours, éléphants, otaries… aucun n'a évolué pour vivre ainsi.
La tendance change. Plus d'une cinquantaine de pays ont déjà restreint ou interdit la présence d'animaux sauvages dans les cirques, parmi lesquels le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas, le Mexique, la Belgique ou encore Israël. En France, une loi adoptée en novembre 2021 prévoit la fin progressive de l'utilisation des animaux sauvages dans les cirques itinérants.
L'alternative : emmener les enfants observer la vraie nature. Une matinée passée à reconnaître les chants d'oiseaux, une sortie en forêt, ou pour les voyageurs, un safari dans une réserve africaine ou asiatique laissera une empreinte autrement plus marquante qu'un numéro répété à la chaîne. La curiosité s'apprend aussi en levant les yeux.
5. Les fermes à crocodiles

Souvent présentées comme des attractions ludiques en Thaïlande, au Vietnam ou en Australie, les fermes à crocodiles sont avant tout des unités d'élevage industriel. Les animaux y sont produits à la chaîne pour répondre à la demande de la maroquinerie de luxe (sacs, ceintures, montres) et de la restauration. Dans un même bassin, des centaines d'individus s'entassent, alors que le crocodile est par nature solitaire et territorial.
Les conséquences sont prévisibles : agressivité accrue, blessures fréquentes liées aux conflits intra-spécifiques, prolifération de bactéries dans une eau insuffisamment renouvelée, infections cutanées et oculaires. La visite, présentée comme « éducative », se résume bien souvent à un défilé devant des animaux stressés, parfois accompagné de spectacles humiliants où des dresseurs introduisent leur tête dans la gueule du crocodile.
La seule réponse cohérente : le boycott. Comme pour les autres espèces sauvages, le seul cadre acceptable pour les rencontrer reste leur milieu naturel — les bayous de Floride, les fleuves d'Amazonie ou le delta de l'Okavango — toujours en compagnie de guides formés et respectueux des distances.
FAQ
Comment reconnaître un sanctuaire éthique pour éléphants ?
Un véritable sanctuaire ne propose ni balade sur le dos, ni spectacle, ni bain forcé avec les visiteurs. Les éléphants y évoluent librement dans de vastes espaces, sans chaînes ni crochet. La transparence sur l'origine des animaux et la possibilité d'observer sans interagir constamment sont de bons indicateurs.
Pourquoi la balade à dos d'éléphant est-elle problématique malgré son ancienneté culturelle ?
La tradition n'efface pas la réalité physiologique. Le dos de l'éléphant n'est pas adapté au port de charges prolongées, et la domestication implique presque toujours un dressage traumatisant dès le plus jeune âge. Plusieurs traditions évoluent aujourd'hui vers des formes d'éco-tourisme respectueuses.
Les zoos sont-ils tous à éviter ?
Tous les zoos ne se valent pas. Certains parcs zoologiques participent à de véritables programmes de conservation, de réintroduction et de recherche scientifique, tandis que d'autres ne sont que des lieux de divertissement. Vérifier l'appartenance à des réseaux comme l'EAZA (Europe) ou la WAZA peut être un premier filtre.
Comment voir des dauphins de façon responsable ?
En privilégiant les sorties en mer encadrées par des associations ou opérateurs labellisés (par exemple le label « High Quality Whale Watching » en Méditerranée), qui s'engagent à respecter une distance minimale, à ne pas couper la route des animaux et à limiter le nombre de bateaux simultanés autour d'un même groupe.
Existe-t-il des labels pour repérer les activités touristiques respectueuses des animaux ?
Plusieurs organisations comme World Animal Protection, ou des certifications telles que ABTA Animal Welfare Guidelines, publient des listes de structures recommandées. Avant de réserver, il est utile de croiser les avis et de consulter les rapports d'ONG spécialisées dans le bien-être animal.
Florine Dergelet
