Ces femmes voyageuses et aventurières qui ont marqué l’histoire
Regard8 mars 20236 min de lecture

Ces femmes voyageuses et aventurières qui ont marqué l’histoire

Quatre destins d'exploratrices qui ont défié leur époque pour parcourir le monde.

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous revenons sur le parcours de figures inspirantes qui, bien avant que le voyage ne devienne un loisir partagé, ont sillonné le monde au prix de risques considérables. Travesties en hommes, déguisées en mendiantes, lancées seules sur les routes de l'Asie ou défiant les codes bourgeois de leur temps : ces quatre exploratrices ont fait reculer les frontières du possible et ouvert la voie à toutes les voyageuses d'aujourd'hui.

Au sommaire

  • Jeanne Barret, embarquée clandestinement autour du globe
  • Alexandra David-Néel, l'Européenne qui força les portes de Lhassa
  • Nellie Bly, la reporter qui a battu Phileas Fogg
  • Ella Maillart, l'âme nomade du XXᵉ siècle

Jeanne Barret, première femme à avoir bouclé un tour du monde

Jeanne Barret (1740-1807) embarqua sous l'apparence et le nom d'un homme afin de partir en exploration autour du monde. © AFP – Costa / Leemage

Née dans une famille modeste de Bourgogne, Jeanne Barret (1740-1807) est entrée dans l'histoire comme la première femme à avoir accompli un tour du monde. Son secret : une supercherie tenue pendant près de deux ans à bord des navires de la Marine royale.

En 1766, lorsque l'expédition de Louis-Antoine de Bougainville s'apprête à appareiller à bord de La Boudeuse et de L'Étoile, le règlement est sans appel : aucune femme n'est autorisée à embarquer sur les bâtiments du roi. Qu'à cela ne tienne. Jeanne se bande la poitrine, coupe ses cheveux, endosse l'identité de « Jean » et se présente comme le valet et l'assistant du naturaliste Philibert Commerson, son compagnon.

Pendant la traversée, elle se révèle bien plus qu'une simple aide de chambre. Botaniste autodidacte d'une endurance remarquable, elle herborise sur les littoraux d'Amérique du Sud, gravit les pentes pour collecter, classer et conserver des spécimens — la fleur qui deviendra la bougainvillée aurait notamment été récoltée par ses soins. Sa couverture finit par tomber lors d'une escale à Tahiti, en 1768. Le couple, débarqué non sans difficulté à l'île Maurice, ne rentrera en France que plusieurs années plus tard.

De retour au pays, elle obtient une rente annuelle de 200 livres accordée par le ministère de la Marine, qui salue dans un rapport officiel le courage de cette « femme extraordinaire ».

Alexandra David-Néel, l'aventurière qui pénétra dans Lhassa interdite

Difficile de résumer Alexandra David-Néel (1868-1969) en un seul mot. Cantatrice d'opéra, journaliste, écrivaine, féministe convaincue, exploratrice et pratiquante du bouddhisme tibétain, cette franco-belge a multiplié les vies avec une exigence rare. Convertie au bouddhisme dès l'âge de 21 ans, elle se passionne très tôt pour les sagesses orientales à une époque où le voyage féminin reste suspect.

En 1911, elle quitte la France pour ce qui devait être un séjour d'études de dix-huit mois en Inde. Elle ne reviendra que quatorze ans plus tard. Au fil de ses pérégrinations, elle rencontre des figures majeures du bouddhisme : le prince et chef spirituel du Sikkim, Sidkéong Tulku, qui souhaite réformer la pratique religieuse de son royaume, puis le treizième Dalaï-Lama, Thubten Gyatso, avec lequel elle noue une amitié durable.

Mais son exploit le plus retentissant date de 1924. À 55 ans, accompagnée de son fils adoptif le lama Yongden, elle entre dans Lhassa, capitale du Tibet alors strictement fermée aux Occidentaux. Pour franchir les cols himalayens et tromper les patrouilles, elle se grime en mendiante tibétaine, noircit son visage à la suie et se teint les cheveux à l'encre de Chine. Elle séjournera deux mois dans la ville sainte avant que sa véritable identité ne soit découverte.

De cette aventure naîtra l'ouvrage Voyage d'une Parisienne à Lhassa (1927), best-seller traduit dans le monde entier. La bande dessinée Une vie avec Alexandra David-Néel, de Fred Campoy et Mathieu Blanchot, propose une belle porte d'entrée pour découvrir ce destin hors normes.

Nellie Bly, le tour du monde en 72 jours d'une reporter intrépide

Derrière le pseudonyme de Nellie Bly se cache Elizabeth Jane Cochrane (1864-1922), pionnière américaine du journalisme d'immersion. Embauchée au Pittsburgh Dispatch après avoir signé une lettre incendiaire à la rédaction, puis recrutée par le New York World de Joseph Pulitzer, elle s'impose en réalisant des enquêtes alors inconcevables pour une jeune femme de la fin du XIXᵉ siècle.

Son reportage le plus célèbre la conduit, en 1887, à se faire interner pendant dix jours à l'asile pour femmes de Blackwell's Island, à New York, en simulant la folie. Le récit qu'elle en tire, Ten Days in a Mad-House, secoue l'opinion américaine et contraint les autorités à réformer en profondeur le système psychiatrique. Elle infiltre aussi les réseaux d'un trafiquant new-yorkais, Edward Phelps, et dénonce les conditions de travail des ouvrières.

En 1889, c'est un autre genre de défi qui la pousse en avant : battre le record fictif de Phileas Fogg, héros du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne. Sa rédaction renâcle — un tel voyage, sans chaperon, est jugé inconvenant — mais elle obtient gain de cause. Le 14 novembre, elle quitte Hoboken (New Jersey) avec une seule valise.

Train, paquebot, jonque, calèche, âne et même quelques tronçons à pied : Nellie Bly parcourt près de 40 070 kilomètres, fait escale en Angleterre, en France — où elle rencontre Jules Verne en personne à Amiens —, en Italie, à Suez, à Ceylan, à Singapour, à Hong Kong, au Japon, avant de traverser le Pacifique. Elle rentre à New York le 25 janvier 1890, après 72 jours, 6 heures et 11 minutes de périple. Son livre Le Tour du monde en 72 jours, paru la même année, devient un succès international.

Ella Maillart, figure majeure de l'exploration au XXᵉ siècle

Sportive de haut niveau, secrétaire, actrice, cascadeuse, voyageuse, écrivaine, photographe : Ella Maillart (1903-1997) semble avoir vécu plusieurs vies en une seule. Née à Genève dans une famille bourgeoise, elle refuse très tôt l'horizon balisé qu'on lui réserve.

À 16 ans, elle fonde le premier club féminin de hockey sur gazon de Suisse romande. Elle représente son pays comme unique femme — et plus jeune participante — aux régates olympiques de Paris en 1924, avant de prendre part aux quatre premiers championnats du monde de ski alpin. Mais le sport, aussi exigeant soit-il, ne lui suffit pas.

Au début des années 1930, elle découvre la Russie soviétique. De ce séjour naît son premier livre, Parmi la jeunesse russe (1932), portrait sans complaisance d'une génération sacrifiée. Elle traverse ensuite le Caucase à pied, puis part en reporter au Turkestan russe — l'actuelle Asie centrale, alors quasi inaccessible — avant de gagner la Chine en 1934.

C'est là, en Mandchourie, qu'elle rencontre Peter Fleming, grand reporter du Times et frère de l'auteur de James Bond. Ensemble, ils entreprennent une traversée de sept mois, de Pékin à Srinagar au Cachemire, à travers les déserts du Xinjiang et les contreforts du Tibet. Elle en tirera Oasis interdites (1937), considéré comme un classique de la littérature de voyage.

En 1939, elle quitte Genève au volant d'une Ford pour Kaboul avec l'écrivaine suisse Annemarie Schwarzenbach, périple raconté dans La Voie cruelle. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, elle se réfugie cinq ans dans le sud de l'Inde, à Tiruvannamalai, auprès du sage Râmana Maharshi. À son retour en Europe, elle s'installe à Chandolin, dans le Valais, où elle reçoit jusqu'à la fin de sa vie voyageurs et lecteurs venus puiser à sa source d'expérience.

Au-delà des kilomètres parcourus, Ella Maillart aura imposé un style : un voyage lent, attentif, exigeant, soucieux des hommes comme des paysages — une éthique du déplacement qui résonne plus que jamais aujourd'hui.

Florine Dergelet

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Charlene Desdoits

L'auteur

Charlene Desdoits

Amoureuse des mots, de la nature et des rencontres, elle s’attache à transmettre dans ses textes une vision sensible, engagée et responsable du tourisme. Chaque article est pour elle une passerelle en

Catégorie : Culture & traditionsMis à jour le 7 mai 2026