Au sommaire
- Indonésie : Gunung Leuser, refuge des derniers orangs-outans sauvages
- Madagascar : Vohimana, joyau de la biodiversité
- Kirghizistan : Arslanbob et sa forêt de noyers
- Mongolie : la réserve strictement protégée du Khan Khentii
Chaque 21 mars, l'Assemblée générale des Nations Unies célèbre la Journée internationale des forêts, instaurée en 2012 pour rappeler combien ces immenses étendues boisées — qui couvrent près d'un tiers des terres émergées — sont essentielles à l'équilibre du vivant. Régulation du climat, protection des sols, refuge pour la faune sauvage, ressource quotidienne pour des centaines de millions de personnes : la forêt n'est jamais un simple décor.
En cette période de confinement où l'air semble plus pur depuis nos fenêtres et où le chant des oiseaux se fait soudain audible, l'envie d'arpenter les sous-bois se fait pressante. À défaut d'y poser le pied, partons en pensée à la rencontre de quatre forêts singulières, chacune racontant à sa manière le lien qui unit l'homme et la nature.
Indonésie : Gunung Leuser, à la rencontre des derniers orangs-outans sauvages

Au nord de l'île de Sumatra s'étend le parc national de Gunung Leuser, près de 8 000 km² d'une jungle aussi dense qu'ancienne. Avec les parcs voisins de Bukit Barisan Selatan et Kerinci Seblat, il forme le Patrimoine des forêts tropicales ombrophiles de Sumatra, inscrit depuis 2004 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Une distinction toutefois assortie d'un classement « en péril », tant la pression du braconnage, des cultures de palmiers à huile et des routes illégales pèse sur ce territoire.
C'est ici, sous la canopée, que vivent encore quelques milliers d'orangs-outans de Sumatra, espèce en danger critique d'extinction. On croise aussi tigres, éléphants pygmées et rhinocéros — un quatuor mythique unique au monde. Le visage tendre des « hommes de la forêt », leur regard espiègle, leur agilité d'arbre en arbre laissent un souvenir tenace à quiconque les a aperçus.
Pour leur venir en aide, un centre de réhabilitation historique a été ouvert dès les années 1970 à Bukit Lawang, à la lisière du parc. Des individus captifs ou orphelins y sont progressivement réadaptés à la vie sauvage avant d'être relâchés dans la jungle. Une démarche patiente, qui peut prendre des années, et dont les résultats nourrissent un fragile espoir.
Madagascar : la forêt de Vohimana, un joyau de la biodiversité

Au cœur du corridor forestier oriental qui relie les parcs nationaux d'Andasibe et de Mantadia, la réserve de Vohimana protège 2 000 hectares de forêt humide d'altitude moyenne. Une forêt précieuse, car Madagascar n'a conservé qu'une fraction de sa couverture forestière originelle, et chaque parcelle préservée abrite des espèces que l'on ne croise nulle part ailleurs.
Depuis plus de quinze ans, la réserve est gérée par l'ONG « L'Homme et l'Environnement », qui marche sur la corde raide d'une équation délicate : préserver la biodiversité tout en améliorant le quotidien des villageois. La distillation d'huiles essentielles à partir de plantes aromatiques cultivées sur place — niaouli, ravintsara — offre une alternative économique viable à la culture sur brûlis et au charbonnage. Une manière concrète de transformer la forêt en alliée plutôt qu'en ressource à abattre.
Sous la canopée, on progresse au milieu d'un brouhaha mélodieux. Avec un peu de patience, on aperçoit l'Indri, le plus grand des lémuriens, dont le chant nasillard porte à plusieurs kilomètres dans la vallée. Plus de 70 espèces de grenouilles endémiques, des caméléons miniatures et une foule d'oiseaux complètent le tableau. À Vohimana, l'homme et la nature ont fait alliance.
Kirghizistan : Arslanbob et sa forêt de noyers

Dans le sud du Kirghizistan, sur les contreforts des monts Tian Shan, la forêt d'Arslanbob s'étend sur près de 11 000 hectares. Elle est la plus ancienne et la plus vaste forêt de noyers sauvages au monde — certains spécimens dépasseraient mille ans. Une légende locale raconte qu'un disciple du prophète Mahomet, en quête d'un paradis terrestre, jugea ce massif parfait à l'exception de l'absence d'arbres fruitiers ; il y sema alors une poignée de noix venues de La Mecque, donnant naissance à cette mer d'arbres.
Entre septembre et octobre, la forêt vit au rythme de la récolte des noix. Les villageois s'installent sous la canopée dans des campements improvisés, tentes chauffées au poêle à bois et théières fumantes ; chaque famille ouvre la saison par des offrandes rituelles. La cueillette se fait à la main, dans la bonne humeur : les plus tranquilles ramassent ce qui est tombé au sol, tandis que les plus agiles grimpent aux branches et secouent vigoureusement les arbres pour faire pleuvoir les fruits.
Le reste de l'année, on parcourt ce massif avec un guide local depuis le village d'Arslanbob, blotti entre montagnes et cascades. Marcher entre ces géants centenaires tient autant de la randonnée que du voyage dans le temps : on devine ici toute la mémoire d'une route de la soie qui passait précisément par ces vallées.
Mongolie : la réserve strictement protégée du Khan Khentii

À l'est d'Oulan-Bator, la réserve strictement protégée du Khan Khentii veille sur la conservation de la faune et de la flore depuis 1992. Ses 1,2 million d'hectares marquent la transition entre la taïga sibérienne et les steppes d'Asie centrale : un écotone rare, où les forêts de mélèzes et de cèdres cèdent peu à peu la place aux grandes herbes. Élevage et tourisme y sont strictement encadrés, la chasse comme l'exploitation minière y sont prohibées.
La région a aussi une charge symbolique considérable. C'est dans ces montagnes que serait né Gengis Khan, et la tradition affirme qu'il y aurait été enterré — un secret bien gardé, l'emplacement exact demeurant l'une des grandes énigmes archéologiques du XXe siècle.
Associée au parc national de Gorkhi-Terelj, la zone protégée du Khan Khentii dévoile certains des paysages les plus variés de Mongolie : montagnes verdoyantes, formations rocheuses spectaculaires, steppes constellées de fleurs sauvages, rivières et lacs aux eaux translucides. La faune y est aussi remarquable : ours brun, élan, lynx, loup, belette, sans oublier une avifaune particulièrement riche. Un terrain de prédilection pour la randonnée à cheval, héritière directe d'une culture nomade millénaire.
Continuer de rêver, en attendant de repartir
Les balades en forêt, l'odeur des feuilles humides, le silence dense qui n'est jamais tout à fait silencieux — tout cela nous manque. Mais le moment est à la patience : rester chez soi, c'est aussi protéger les autres. Profitons-en pour lire, écouter les oiseaux, regarder pousser ce qui veut bien pousser à portée de fenêtre. Les retrouvailles avec la grande nature, elles, n'en seront que plus belles.
Charlène Desdoits
