À l'approche des fêtes de fin d'année, la magie de Noël prend des visages très différents selon les latitudes. Décorations, rituels familiaux, plats emblématiques, figures folkloriques : chaque culture s'approprie cette célébration d'origine romaine à sa manière, parfois avec une fidélité spirituelle, parfois avec une fantaisie déconcertante. Du Japon à la Sicile, de la Géorgie au Brésil, voici un tour du monde de quatre destinations où Noël se vit autrement.
Au sommaire
- Noël au Japon : entre soirée romantique et poulet frit
- Noël en Sicile : un mois de ferveur et de traditions
- Noël en Géorgie : entre calendriers et chichilaki
- Noël au Brésil : chaleur tropicale et convivialité
Noël au Japon : une fête importée, joyeusement détournée

Avec moins de 1 % de chrétiens, le Japon ne célèbre pas Noël dans sa dimension religieuse. Importée au cours du XXe siècle, principalement dans son habillage commercial, la fête n'est même pas un jour férié : le 24 et le 25 décembre, écoles et bureaux fonctionnent normalement. Pourtant, l'archipel a fini par adopter le personnage du Père Noël — souvent appelé Santa-san, héritier direct de Santa Claus — et a brillamment réinventé la signification de la soirée.
Au Pays du Soleil-Levant, le 24 décembre n'est pas un moment familial : ce rôle est dévolu au Nouvel An, qui reste la grande fête traditionnelle. Le réveillon de Noël est en revanche devenu une soirée romantique, l'équivalent local d'une Saint-Valentin hivernale. Les couples se retrouvent au restaurant, échangent des cadeaux et profitent des illuminations spectaculaires de Tokyo, Kobe ou Sapporo. Les célibataires, eux, se réunissent entre amis autour d'un dîner ou d'une session de karaoké, et les parents en profitent pour gâter leurs enfants.
Plus surprenant encore : le repas de Noël se prend volontiers… au KFC. Cette tradition née dans les années 1970 doit beaucoup à une campagne publicitaire restée célèbre, « Kentucky for Christmas », qui répondait à la demande des expatriés occidentaux en quête de dinde ou de poulet rôti. Le succès fut tel que la chaîne propose aujourd'hui des menus festifs réservés des semaines à l'avance, et certains restaurants voient leurs ventes décuplées en décembre. À table, on accompagne ce poulet d'une bûche locale, le kurisumasu kēki, généralement une génoise garnie de chantilly et de fraises.
Noël en Sicile : un mois entier de ferveur

En Sicile, Noël n'est pas une soirée mais une saison entière. Le coup d'envoi est donné dès le 8 décembre, jour de la Festa dell'Immacolata (Immaculée Conception), date à partir de laquelle les familles sortent les décorations et installent les premières crèches. Si le sapin a fait son apparition relativement tard, la presepe, elle, est ancrée dans l'île depuis des siècles. On la décline dans toutes les matières : céramique de Caltagirone, plexiglas, coton, et même pastiglia, ce relief en pâte de plâtre doré hérité de la Renaissance.
La magie déborde dans les rues. À Caltagirone, Custonaci ou Erice, les villages se transforment en scènes vivantes où des centaines de figurants jouent des artisans du XIXe siècle autour de la Nativité. Spectacles, marchés, illuminations baroques des églises : il devient impossible de tout voir. Au cœur de cette effervescence, les Siciliens font une halte le 13 décembre pour la Santa Lucia. Originaire de Syracuse, la sainte y est honorée par une procession spectaculaire ; ce jour-là, la tradition veut que l'on bannisse pain et pâtes au profit de la cuccìa, un dessert à base de blé bouilli, ricotta et chocolat.
Le soir du 24, la famille se retrouve autour d'un banquet qui n'en finit pas. Les recettes varient d'une province à l'autre — anguille frite, baccalà, sfincione, cassata, cannoli — mais le rituel reste identique : on mange longtemps, on parle fort, on ouvre les cadeaux à minuit. Les festivités s'achèvent le 6 janvier avec l'Épiphanie, où les enfants attendent la Befana, une vieille sorcière chevauchant un balai qui glisse bonbons et confiseries dans les chaussettes des plus sages, et un morceau de charbon (de sucre, fort heureusement) à ceux qui l'ont moins été.
Noël en Géorgie : deux calendriers, mille traditions

En Géorgie, Noël ne tient pas dans une seule date : les festivités s'étirent sur près d'un mois. La majorité du pays, de tradition orthodoxe, célèbre la Nativité le 7 janvier selon le calendrier julien, tandis que d'autres familles, plus sécularisées ou influencées par l'Occident, fêtent simultanément Noël et Nouvel An au 1er janvier. À cela s'ajoute le Jvris-Pkhveni (l'Ancien Nouvel An) le 14 janvier. Résultat : les coutumes se chevauchent et varient sensiblement d'une maison à l'autre.
Au lieu du sapin classique, beaucoup de Géorgiens préparent leur propre arbre national : le chichilaki. Façonné à partir de branches de noyer (ou de noisetier) raclées en longs copeaux blancs et frisés, il évoque, selon la tradition, la barbe de saint Basile, qui aurait apporté des cadeaux aux enfants la veille du Nouvel An. Une fois les fêtes terminées, le chichilaki est rituellement brûlé pour conjurer les soucis de l'année écoulée. Longtemps interdit sous l'ère soviétique, il est aujourd'hui redevenu un emblème de l'identité culturelle géorgienne.
Le 6 janvier au soir, on assiste à la procession de l'Alilo, un défilé de fidèles vêtus de blanc qui traverse Tbilissi en chantant des cantiques et en distribuant des sucreries aux enfants. Le repas, lui, prend la forme d'un supra festif où s'enchaînent les plats : satsivi (volaille en sauce aux noix et à l'ail), khachapuri, khinkali, et le fameux gozinaki, un nougat de noix caramélisées au miel. Dans la tradition géorgienne, miel et noix sont considérés comme sacrés — symboles d'abondance et de douceur pour l'année à venir.
Noël au Brésil : un réveillon en plein été

Au Brésil, le 24 décembre tombe en plein été austral. Les températures dépassent souvent les 30 °C, mais cela n'empêche personne de décorer les sapins, d'allumer les guirlandes ni d'engloutir une dinde rôtie. Les célébrations se rapprochent fortement de celles des pays catholiques d'Europe : grand repas familial le soir du réveillon, messe du coq (Missa do Galo) à minuit pour les fidèles, ouverture des cadeaux dans la foulée.
La table mêle traditions importées et saveurs locales. Aux côtés de la dinde, on retrouve la farofa temperada (semoule de manioc poêlée au beurre, oignons et raisins secs), du riz aux fruits secs, du jambon glacé, des salades fraîches et une déclinaison infinie de beignets. Le dessert star reste le panettone, héritage de la forte immigration italienne du sud du pays, désormais décliné en version chocolat sous le nom de chocotone. On l'accompagne volontiers de rabanada, l'équivalent local du pain perdu, parfumée à la cannelle.
Côté animations, certaines villes — Gramado en tête, dans le sud du pays — déploient pendant six semaines un festival de Noël aux allures bavaroises. Ailleurs, on assiste à des crèches vivantes et à des représentations théâtrales devant les églises, ainsi qu'au rituel des Pastorinhas, où des fidèles costumés rendent hommage à l'Enfant Jésus dans une ambiance joyeuse et chantante.
Enfin, impossible d'évoquer Noël au Brésil sans mentionner l'amigo secreto, l'« ami secret ». Ce tirage au sort, organisé entre amis, en famille ou au bureau, attribue à chacun le nom d'une personne à qui offrir un petit cadeau le jour J. Lorsqu'arrive le moment de l'échange, le donneur doit faire deviner sa cible par des indices avant de lui remettre son présent. Une coutume joueuse qui condense bien l'esprit brésilien des fêtes : convivial, économique et résolument tourné vers le partage.
Florine Dergelet

